Publié le 07/05/2026
Entre incidents maritimes, intensité renouvelée et impasse dans les négociations, l’actualité liée à la guerre en Iran est toujours aussi difficile à suivre. Malgré l’incertitude, les marchés d’actifs risqués ont poursuivi leur rebond à partir des points bas de fin mars, tout particulièrement aux Etats-Unis et dans le secteur de la technologie. L’économie réelle américaine continue également de se montrer résiliente, comme en témoignent les bons chiffres de l’emploi pour le mois d’avril publiés la semaine dernière…
Malgré un arrêt des hostilités décrété le 8 avril et repoussé sine die le 21 avril, les dix derniers jours ont été marqués par une intensification des échauffourées maritimes dans le détroit d’Ormuz, mettant en péril la solidité de ce cessez-le-feu. Les négociations ont semblé avancer avec la proposition d’un accord de fin de conflit d’une page, mais celle-ci n’a pas encore donné lieu à des progrès tangibles. Le régime iranien continue d’utiliser la paralysie du détroit d’Ormuz comme d’un levier dans ses négociations avec les Etats-Unis, ces derniers ayant également mis en place un blocus. A ce titre, un rapport interne de la CIA, décortiqué par le Washington Post, révèle que l’Iran serait a priori en mesure de tenir cette position durant plusieurs mois sans grandes difficultés. Bien que les prix du pétrole aient cessé d’augmenter fortement, une marche a toutefois été franchie, avec des cours du Brent sur les marchés à terme rarement en-dessous de 100$/ baril, contre 70$ juste avant l’éclatement du conflit. La fermeture du détroit d’Ormuz concerne également l’approvisionnement d’autres matières premières et perturbe les chaînes logistiques. L’indicateur des tensions logistiques mondiales développé par la Fed de New York, très suivi durant la pandémie de Covid-19, est en forte augmentation et se situe désormais à 1,8 écarts-types de sa moyenne historique pour le mois d’avril, après une stabilisation autour de 0,5 depuis le début de l’année. A titre de comparaison, cet indicateur avait atteint 3,4 en avril 2020 et 4,45 en décembre 2021.
En dépit de ce climat d’incertitude, les marchés d’actifs risqués ont fortement progressé depuis leur plus bas du mois de mars, saluant l’arrêt des hostilités, le début d’une phase de négociation et une forme de TACO*. Les actions américaines ont par ailleurs repris l’ascendant sur les actions européennes, dans le sillage d’une excellente saison des résultats d’entreprises pour le 1er trimestre, tout particulièrement s’agissant des entreprises du secteur de la technologie. Les dépenses d’investissements massives dans l’intelligence artificielle nourrissent un effet d’entraînement bénéficiant à la progression des bénéfices de l’ensemble de l’écosystème, des entreprises fabriquant les puces nécessaires pour entraîner les modèles à celles impliquées dans la construction des centres de données. Ainsi, l’IA est désormais partout, des marchés financiers aux chiffres du PIB. De nombreuses questions restent toutefois en suspens quant à la pérennité de ce mouvement et ces implications macroéconomiques à long terme. De nouveaux emplois seront-ils créés ou bien de plus en plus seront détruits ? Les inégalités sociales, de revenus et de compétences vont-elles se creuser ou s’estomper ? Serons-nous tous demain des humains augmentés ? S'achemine-t-on vers une forte augmentation des gains de productivité et une baisse des prix relatifs, hypothèses qui sous-tendent la théorie de l’économie de l’abondance ?... En attendant d’avoir des réponses définitives à toutes ces questions, probablement à horizon de plusieurs années au moins, il convient néanmoins de distinguer les facteurs d’ordre conjoncturels. Des craintes de licenciements massifs, notamment dans le secteur de la technologie, et des difficultés pour les jeunes diplômés à trouver un emploi avaient en effet émergé en 2025. Toutefois et comme nous l’évoquions alors, la correction d’un « sur-recrutement » après la pandémie et l’incertitude économique générée par la politique de l’administration Trump l’an dernier ont considérablement perturbé la lecture des chiffres. Il est ainsi intéressant de noter que les offres d’emploi, publiées sur le site de recrutement Indeed, visant à recruter des développeurs informatiques progressent ces dernières semaines aux Etats-Unis (à partir de faibles niveaux néanmoins). L’adoption croissante des outils d’intelligence artificielle, l’innovation et l’augmentation des cas d’usage pourraient expliquer cette nouvelle dynamique. Est-ce à dire qu’il s’agit là d’une illustration du paradoxe de Jevons** ?
S’agissant des marchés financiers, les histoires s’écrivent et s’effacent beaucoup plus rapidement. Les gagnants d’aujourd’hui dans l’IA ne seront peut-être pas ceux de demain et la bulle supposée pourrait très bien exploser, sans pour autant altérer la trajectoire de pénétration de cette technologie dans nos vies quotidiennes. Pour le moment les marchés plébiscitent de nouveau la thématique de l’IA, les dépenses d’investissements en augmentation, les profits et les gains de productivité escomptés. Mais ils semblent omettre une éventuelle évolution de la fonction de réaction de la Fed à court terme (notamment après la dernière réunion ; voir ici) et les effets économiques négatifs de la guerre en Iran... Le faisceau de possibilités est aujourd’hui très large et un grand nombre d’embranchements dépend essentiellement de l’issue des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran ainsi que de la réouverture effective du détroit d’Ormuz.
Sources
Ecofi, MSCI, Bloomberg. Performances représentées en euros et dividendes réinvestis. Début de la base 100 au 31/12/2025 et dernières données journalières disponibles au 08/05/2026.
De son côté, l’économie américaine ne semble pas non plus subir les conséquences de l’installation du conflit et de l’incertitude qui en découle. Les chiffres de l’emploi pour le mois d’avril se sont avérés plutôt robustes et confirment (bien qu’avec un peu d’avance) notre prévision d’une réaccélération du marché de l’emploi en 2026 formulée au troisième trimestre de l’an dernier. Aux États-Unis, 115 000 créations de postes non agricoles ont ainsi été enregistrées en avril (contre 65 000 attendues), après une progression de 185 000 en mars et une contraction de 156 000 en février. La moyenne sur trois mois glissants, permettant d’affiner la tendance, s’élève désormais à 48 000 pour le mois d’avril, 63 000 pour mars et -4 000 pour février. Cette augmentation tendancielle des créations d’emplois à partir d’une séquence négative et très volatile en 2025, s’accompagne également d’une plus grande diffusion en termes de secteurs d’activité qui s’étend notamment aux plus cycliques d’entre eux. Le taux de chômage – calculé à partir d’une enquête auprès des ménages, contrairement aux créations de postes – est quant à lui resté inchangé à 4,3% et oscille autour de ces niveaux depuis plusieurs mois. D’autres séries statistiques issues de sources privées (créations d’emplois dans le privé publiées par ADP…) montrent par ailleurs une réaccélération des embauches pour les petites et moyennes entreprises. Les effets négatifs, potentiellement retardés, de la guerre en Iran pourraient néanmoins tempérer cette tendance à la réaccélération et invitent à une lecture prudente de ces chiffres.
S’agissant de l’actualité des banques centrales, notons le relèvement des taux directeurs de la Banque de Norvège dans un contexte marqué par une augmentation de l’inflation énergétique. Un signal de plus en direction de l’imminence d’une hausse « coordonnée » des taux directeurs qui vient s’ajouter aux éléments de langage portés notamment par la BCE et la Banque d’Angleterre. A l’image des prix du pétrole, les rendements obligataires, tout particulièrement sur la partie courte de la courbe, ont eux aussi franchi une marche qu’il sera difficile de redescendre sans avoir plus de visibilité sur la fin de la guerre en Iran ou sur ses conséquences possiblement plus durables sur nos économies…
Sources
Ecofi, Bloomberg. Dernières données hebdomadaires disponibles au 08/05/2026.
*L’expression TACO pour Trump Always Chickens Out (Trump se dégonfle toujours) est utilisée de manière péjorative pour indiquer la tendance de Donald Trump à reculer, changer d’avis ou calmer les choses lorsque que la situation se détériore sur les marchés financiers.
**Le paradoxe de Jevons stipule qu’une amélioration de l'efficacité énergétique d'une ressource (consommation par unité d'énergie) peut conduire à une augmentation de sa consommation, plutôt qu'à une réduction. Appliqué au cas des développeurs informatiques, une augmentation de la productivité grâce à l’IA pourrait mener à des recrutements supplémentaires afin d’aboutir à l’intégration de nouvelles briques au sein de logiciels existants et à de plus en plus d’innovation produit.
Sources
Ecofi, au 11 mai 2026.
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ci-dessus représentent le point de vue de l’auteur. Elles sont émises en date du 11 mai 2026 et sont susceptibles d’évoluer. Elles ne sauraient être interprétées comme possédant une quelconque valeur contractuelle. Ce document est produit à titre purement indicatif. Il constitue une présentation conçue et réalisée par Ecofi à partir de sources qu’elle estime fiables. Ecofi se réserve la possibilité de modifier les informations présentées dans ce document à tout moment et sans préavis. Il est produit à titre d’information uniquement et ne constitue pas une recommandation d’investissement personnalisée.
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